« Mon œuvre de vie, qui dure maintenant depuis plus de 45 ans, consiste à développer une approche pour la guérison des traumatismes. Et cette approche aide vraiment les gens à revenir à leur corps, car après un traumatisme, le corps est devenu l’ennemi. Les sensations et les émotions rappellent à la personne son traumatisme et lui donnent l’impression qu’il va se reproduire.
La clé pour guérir d’un traumatisme n’est pas de revivre le traumatisme vécu, mais de créer de nouvelles expériences dans le corps qui contredisent ce sentiment d’impuissance accablante provoqué par le traumatisme. C’est donc bien d’avoir de nouvelles expériences dont il s’agit.
Et c’est là que je me suis intéressé au travail avec le bellicon®, car c’est un moyen très doux et ludique de commencer à ramener les gens, petit à petit, à leur corps. Je l’utilise donc dans le cadre d’un traitement, mais je le recommande aussi à un certain nombre de mes étudiants pour leur enseignement, et mes clients l’utilisent chez eux comme un moyen de retrouver, de façon paisible et vivante, une reconnexion avec eux-mêmes – d’une manière physique.
Les mouvements doux sont la clé
Les mouvements doux sont la clé, car si c’est quelque chose de dur – comme les trampolines à ressorts – ce qui se passe, c’est que cela secoue vraiment la personne. Or c’est exactement ce que fait le traumatisme : il secoue la personne, il la sort de son corps. On veut donc quelque chose qui la ramène progressivement dans son corps. Et c’est là que la technologie élastique que vous avez développée est très précieuse. Elle permet vraiment cette reconnexion en douceur, ce que l’on n’obtient pas avec des ressorts – c’est plutôt comme obtenir un « coup du lapin » (whiplash).
Beaucoup des personnes avec qui nous travaillons ont aussi un « coup du lapin », et c’est un autre domaine où cela s’avère très utile, car si elles sont dans une voiture et que quelqu’un les percute par l’arrière, tout le corps se bloque, parce que le corps se protège d’un nouveau choc.
Donc, avec le bellicon®, on peut créer un mouvement qui utilise des muscles similaires, des connexions neuromusculaires similaires, mais d’une manière différente, d’une manière où l’on obtient un flux, et cela neutralise en quelque sorte le choc que l’on a reçu lors de l’accident de voiture, du « coup du lapin ».
D’une certaine façon, cela fonctionne bien mieux que la plupart des antidépresseurs
Je travaille beaucoup avec des personnes souffrant de dépression. Avec la dépression aussi, il faut aider la personne à faire remonter son niveau d’énergie. Mais seulement un petit peu à la fois, car si cela monte trop vite, cela les effraie. C’est donc une façon de construire, pour la personne, une capacité à augmenter son énergie vitale. D’une certaine manière, cela fonctionne bien, bien mieux que la plupart des médicaments antidépresseurs (non pas qu’on n’en ait parfois pas aussi besoin).
Et comme je l’ai dit à propos du traumatisme, l’utilisation principale est de redonner aux gens le cadeau de leur corps. Et c’est peut-être la meilleure façon de le dire : c’est le cadeau de notre être incarné et notre capacité à être entier au sein de notre corps. J’appelle cela la « conscience incarnée » ou la « pleine conscience incarnée ». »
(Transcription de l’interview vidéo ci-dessus.)
Dr. Peter A. Levine, expert en traumatismes
www.traumahealing.org
www.somatic-experiencing.de